Bribes d’un périple aventureux sur la route de la soie, OUZBEKISTAN

OUZBEKISTAN

BALADE A SAMARCANDE

Dans une venelle entre la mosquée Bibi Khanoum et les medersas du Registan, il y a des maisons aux teintes de sable dont les portes de bois sculptées, grande-ouvertes sur un patio ombragé, sont une invitation, une lucarne sur l’inspiration. A l’intérieur de chaque maison, dans chaque cour fleurie et parfumée, il y a des femmes aux formes généreuses qui crient sur des enfants turbulents ou reposent sur des matelas colorés, sous le vent délicat, à l’ombre de branchages. Ces images paisibles d’une vie suave attisent mon imaginaire, et je me demande à quoi devait ressembler ce formidable bazar médiéval dans cette oasis de désert. Je me demande aujourd’hui si ces femmes vêtues de robes fleuries, ornées de dentelles pailletées, et flanquées de fichus brillants, ont-elles conscience de vivre à deux pas d’une merveille du monde, chargée d’histoire et de légendes. Mais sans doute ne voient-elles plus la magie des lieux qui les a vues naître. Tout comme moi, qui ne regarde plus le Sacré Cœur au loin, se détachant du ciel métallique du fond d’une rue de la goutte d’or.

Dans une rue qui borde le Registan, sur le perron d’une large demeure, des femmes assises sur un banc à l’ombre discutent tranquillement. Elles sont entourées de jeunes enfants qui crient de joie, rient ou pleurnichent. Les enfants m’entourent comme un essaim d’abeilles, me touchent les mains, et me font des signes. Une ravissante jeune femme vient à moi et m’invite à venir me délasser à l’ombre du patio de la demeure familiale. Son prénom est Nargis. Son regard est tendre et son sourire émouvant. Une énergie complice et joyeuse circule entre nous. Les vieilles femmes aux dents d’or semblent approuver l’invitation. Elles m’offrent de larges sourires dorés puis lèvent la voix sur les enfants qui se chamaillent en pleurant. Toutes nous escortent à l’ombre reposante de la cour intérieure. Nous nous installons à table comme une évidence. Les vieilles femmes me demandent dans leur langue si je suis mariée tandis que la jolie jeune femme nous sert un mijoté de légumes, accompagné de salade. Nargis, qui a quelques notions d’anglais, m’explique qu’une grande famille vit ici, dont trois couples avec chacun leurs enfants. Les vieilles femmes poursuivent leur discussion, s’interrompant parfois pour disputer les enfants de plus en plus excités et désobéissants. Les sourires s’échangent, les paroles se mêlent, les rires se confondent. Avec une douceur angélique, la belle Nargis m’offre des fruits secs à déguster en souvenir de Samarcande. Mon cœur est en joie de vivre ces moments bénis de partage dans la chaleur débordante d’une famille, dans le centre historique de la cité de rêve d’Asie centrale.

EN CHEMIN

Sur les traces du grand Amir Timur, je m’aventure au sud de Samarcande, dans la province de Kachka-Daris, dans la bourgade de Chakhrisabz, chargée d’histoire et de vestiges. A bord d’un taxi collectif, au son tonitruant d’une musique locale, mon cœur se serre face à la frénésie de la conduite ouzbek. Le chauffeur rit de plus belle à chacun de mes sursauts. La route bitumée longe des vergers, des champs cultivés, des terres arides et jaune. Parfois, des charrettes tirées par un âne ou des vaches brunes croisent notre route. Nous dépassons le grand marché d’Ourgout, réputé pour ses Suzani, broderies magnifiques traditionnelles aux motifs circulaires et colorés, et ses vêtements d’une époque ancienne. Des femmes, les sourcils maquillés de noir épais et vêtues de robes serties de brillants multicolores vendent des fruits et légumes sur le bord de la voie. De belles collines pelées et ocre bordent la route et embrassent l’horizon vers lequel nous filons à vive allure. Dans le lointain, des sommets nus et torrides se détachent à peine du voile du ciel, tant la chaleur est intense. Puis la route grimpe à l’assaut des collines cuites de soleil, semées de gros rochers et d’arbustes desséchés. Au fil des lacets tortueux, une vue triomphante s’étire sur le paysage dénudé et doré en contre bas, où le tracé de la route serpente dans la plaine. Nous poursuivons la route qui dégringole de l’autre côté des collines pour rejoindre l’antique Chokhrisabz. Des heures durant, je flâne dans les vestiges esseulés des mausolées, des mosquées et des medersas où peintures et mosaïques aux ornementations exquises me submergent d’émotion. Dans les ruines gigantesques du palais Ak Saraï, le palais d’été de Timur, je rêve à la grandeur et au faste passé. Je me perds dans le grand marché d’alimentation débordant de fruits, de légumes et de fruits secs, où des femmes vêtues de tuniques bariolées m’offrent à mon passage, de grands sourires aux dents d’or.

2 Replies to “Bribes d’un périple aventureux sur la route de la soie, OUZBEKISTAN”

  1. Quels regards !

    1. Un périple fou sur la route de la soie, riche de mille et une histoires

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