LES MUSIQUES DU MONDE

SOLEIL CITRON VERT

du Mexique à la Bolivie à la rencontre du “hasard qui n’existe pas”

Extraits du récit de voyage de Yanna Byls

HONDURAS

SANTA ROSA DE COPÀN

Une famille de musiciens

A Santa Rosa de Copàn, magnifique petite ville coloniale construite sur des collines, un cadeau m’attend à bras ouvert. Sous une fine pluie, je flâne. Les maisons sont de couleurs arc en ciel. Les ruelles font les montagnes russes et dansent comme des rubans bariolés qu’agiterait un artiste de cirque. Au sommet, face à la cathédrale d’une violente blancheur, des musiciens jouent des marimbas, sortes de percussions qui ressemblent à un xylophone géant. Je m’arrête, heureuse de plonger au cœur d’une musique inconnue. Le rythme s’emballe comme des notes de salsa et malgré l’orage prêt à éclater, les visages se fendent d’un sourire. Trois ravissantes jeunes femmes viennent à moi et m’entraînent dans une euphorie que le concert attise. Ce sont trois sœurs d’une étonnante beauté et d’une rare vitalité. Elles communiquent par le rire et la joie est leur pain quotidien.

L’aînée, Tatiana, qui vient me parler la première, me présente ses sœurs, Nohelia et Leiby. Elles sont si pétillantes que je me laisse gagner par leur vibration. Tatiana me raconte qu’elles sont filles de musiciens. Elle me désigne leur père qui joue en ce moment pour nous et qui me salue chaleureusement avec ses bâtons de bois. Nous dansons avec légèreté pour le plaisir des vieux mayas aux dents d’or rassemblés autour de nous. Le concert s’achève avec la pluie battante. Nous courons, hystériques, nous protéger sous les arbres qui bordent le zocalo où une fanfare répète courageusement pour le défilé du jour d’indépendance. Les filles désirent visiter leur mère et m’invitent à me joindre à elles. Elles me demandent si je suis occupée ce soir ? Comment leur expliquer que ce qui se passe à cet instant est l’essence même de mon voyage. Mes récits sont faits de ces rencontres imprévues, qui comme le citron vert pimente la vie.

Elles trouvent l’idée excitante, de devenir mes muses du jour et jacassent comme des poules en dévalant des pavés vers les contre-forts de la ville. Leur jeune frère, Alejandro, nous accueille ravie d’avoir de la visite. Surgit la superbe Alejandra, âgée de 8 ans, fille de Tatiana.

Elle est gracieuse comme une danseuse et joue déjà, de son charme. Elle se jette sur moi, fait son numéro et défile comme un modèle avec des robes de princesses. Nous rions de bon cœur. Surgit Arely, mère et grand-mère, qui avec une générosité familière, m’offre un délicieux riz au lait parfumé à la cannelle.

Nous nous affalons tous dans les amples canapés vert-bouteille qui encadrent la pièce simple et coquette. Tatiana me confie, comme une actrice, qu’elle est mariachi. Je suis fascinée, l’imaginant chanter les plaintes populaires, entourée de son orchestre, dans les rues, les bars, là où un homme cherche à séduire une femme comme le veut la tradition. Elle souligne cette révélation d’un album photos d’elle en costume pailleté et chapeau aux fils d’or. Son frère, précise que tous les membres de la famille sont musiciens depuis leur naissance. Jouer et chanter leur est aussi naturel que de respirer. La petite, adorable à souhait, appuie les paroles de son oncle, de petits rires. Dans un élan désordonné, elle sort sa guitare, annonce à l’assemblée le morceau qu’elle désire interpréter, rappelle à sa mère les accords, si re do, et lance un « un, dos, tres » convainquant.

Le frère à la trompette, Tatiana à la guitare, les sœurs au chant, et moi aux premières loges d’un éblouissant spectacle. Les variations langoureuses s’étirent avec un talent qui ferait croire à n’importe qui que jouer de la musique est facile. Cette envolée brillante attire, enfants de la rue et voisins, venus assister au concert devant la porte d’entrée. Des hurlements font trembler la nuit, les notes vibrent dans la sueur, les mains battent le rythme, et les regards sont d’une félicité exaltée. C’est un voyage que je vis, une traversée dans l’univers du son et de l’extase qu’il procure.

La salsa reprend. Alejandro fait résonner son saxophone comme un cri de guerre. Tatiana l’accompagne à la voix. Les paroles sont une prière. Son timbre grave est mélancolique. Je suis émue aux larmes et ne peux m’en cacher. Entre deux morceaux, je remercie dans ma langue cette famille originale de m’offrir tant de plaisir.

Le concert se poursuit en improvisation libre, cette fois.  La créativité nous unit. Je danse dans une offrande, le corps en feu. Les corps se cognent, les voix se chevauchent, les rires se marient. Nous oublions que l’aube nous sépare déjà, que je vais m’en aller.

Toute la famille m’accompagne sur la route obscure. On m’arrête un taxi. On s’embrasse comme des frères et sœurs que nous sommes devenus. On me fait promettre de revenir un jour, vivre de musique, de soleil et de rire, ce que je souhaite comme un rêve.

La voiture démarre en trombe dans un nuage de poussière. Des mains s’agitent avec ardeur jusqu’au bout du chemin, jusqu’à la fin de l’instant.Je suis au bord de la crise de nerfs.

NICARAGUA

GRANADA

La musique dans le sang

J’arrive à Granada sous le soleil de midi. Malgré l’écrasante chaleur qui enveloppe la ville d’un voile blanc, l’atmosphère m’apparaît enchanteresse.

Granada est la ville la plus antique du Nicaragua. Ses rues sont précieuses, colorées, élégantes, ses églises, raffinées, aux lignes baroques. Plus loin, au bout de l’avenue piétonne, trône le lac Nicaragua aux 365 îles nées du volcan Mombacho. Un cadre idyllique pour qui cherche l’inspiration.

Sans plus attendre, je fais la connaissance de Ricardo qui flâne avec sa sœur à une terrasse de café. Tous deux chantonnent avec une extravagance latina. Ils me prient de m’installer à leur table. Ricardo m’invite chez lui pour écouter de la musique. Une maisonnette presque vide. Deux chaises à bascule dessinent l’espace. En un clin d’œil, Ricardo m’entraîne dans son univers. Une salsa virulente résonne à plein volume.  Il me passe les morceaux les plus brûlants. Son regard s’enflamme au rythme des notes et sa voix profonde suit la mélodie avec une intensité dramatique.

Entre deux envolées, il me parle d’un frère qui joue avec Oscar de Léon, une célébrité, d’un autre, qui compose à l’étranger ainsi que de ses deux sœurs qui chantent la salsa.

La musique le gagne comme une drogue, il s’interrompt dans son récit, plonge dans de suaves paroles qu’il répète avec une voix ahurissante, un cri lointain qui semble sortir de ses entrailles. Il décolle hors du monde comme dans un shoot. Les chansons s’enchaînent avec félicité. Plus rien ne semble exister pour Ricardo que ces airs qui l’agitent à le rendre fou. Il se lève d’un bord, les yeux en feu,tourne sur lui-même et s’élance dans une danse enflammée. Une bachata l’entraîne. Au temps fort, il me regarde, un sourire aux lèvres. Ici et là, sa voix s’élève au dessus des accords dans une joie improbable. Le contempler sortirait n’importe qui de la déprime. Dans un court silence, je lui fais part de cette énergie qu’il véhicule, de cette précieuse grâce qui colore la vie et qu’il a à revendre.

Il m’écoute mais je sens bien que les sons qui l’animent sont plus forts que mes réflexions. La musique s’accélère, Ricardo prend ma main, me colle à lui et me guide dans une chorégraphie burlesque. Nous tournons comme des derviches. Le monde n’est qu’une danse ivre, un long frisson né de partitions, une ode sensuelle qui nous fait exister.

Pris de transe, il me serre à plein bras, ouvre d’autres chemins. La musique est un cyclone furieux qui nous tient à l’œil. Il me semble que faisons l’amour sur des ondes de salsa. Je le suis jusqu’au baiser qui vient tout naturellement comme une parole à partager. Un baiser fougueux dans une ronde folle, sans lâcher d’une once le rythme effréné. Le baiser est parfumé de palabres, de rumba. C’est une danse à deux, un tremblement de la même ardeur, une envolée vers les plaisirs. Il n’y a presque pas de différence entre la danse et l’amour, comme si la danse était l’essence même de toutes choses, et l’amour la continuité. Le voyage finit comme il a commencé, dans un rire. Nous tirons les chaises dehors, nous affaler à l’air tiède. La rue est vivante. Le dimanche, insolite. Je me sens vibrer comme guitare.

PANAMA

ARCHIPEL DE SAN BLAS, REGION KUNA YALA

Ile de Carti

Un ténor dans la nuit

Je m’aventure dans les ruelles sans lumière, que seules, des lampes électriques éblouissantes, blanchissent par endroit. Des femmes, belles comme des modèles, se prélassent sur le perron, des enfants sur les genoux et d’autres à leurs pieds. C’est une vision antique. Je suis impressionnée par l’anneau d’or que chacune porte au nez et je réalise à quel point l’esthétique d’une parure contribue à l’identité ethnique. D’un bar obscur comme un trou noir, je me fais héler par un monsieur d’un certain âge, à l’enthousiasme débordant et la langue déliée. Il m’invite à sa table dont je ne parviens à distinguer des contours, qu’une forme fugitive comme une ombre. Il se présente à moi avec un entrain théâtral et je me dis qu’il doit s’ennuyer dans cette taciturne taverne, faite de paille et de terre. Avec une voix grave et puissante, il déclame son numéro pour moi seule comme s’il s’adressait à un public fait de fantômes, qui l’acclameraient depuis la nuit des temps, derrière des volutes de poussière :

  • « Je m’appelle Floriano, je fus chanteur lyrique durant toute ma vie, ténor, vous savez mademoiselle, ténor, j’ai étudié le chant et la musique au conservatoire de Panama City, et puis j’ai chanté à l’opéra. Maintenant, ma voix n’est plus ce qu’elle était, il faut dire que je bois et que j’ai vieilli aussi, et puis, je vis ici, dans la Kuna Yala, sur ces îles reculées. »

Je le regarde, un sourire aux lèvres. Dans les yeux, l’espoir qu’il me chante quelque chose. Ce serait un signe de bon augure pour ma première nuit dans les îles San Blas. Ma pensée est à peinte achevée, qu’il entonne, dans un vibrato qui fait trembler la nuit, un chant onctueux comme un soupir amoureux. Il ressemble à un amant éperdu, aux portes de la folie, qui attendrait dans les ténèbres traversées de vent, le retour d’une femme fabuleuse et ingrate. J’écoute les notes, les mots mélancoliques qui font frémir le silence, et qui sonnent étrangement, si loin du continent. Avec un geste brusque comme s’il venait de gifler la belle infidèle, Floriano me déclare :

  • « Partons d’ici, allons au bar des marins, j’ai envie de compagnie et de chanter ! »

Nous sortons sous les étoiles douces qui me font lever les yeux au ciel et trébucher dans la terre tiède. Dans le gourbi tout aussi obscur, quelques marins s’esclaffent et sirotent des bières. Nous faisons notre entrée. Dans cette ambiance confinée et torride, nous sommes accueillis avec la démesure des hommes en fête. Ils parlent de la mer, des cargos, et des femmes sur les îles. Ils rient. Leurs yeux brillants attendent une nouvelle distraction comme ils espèrent une escale, quand la mer est mauvaise. Floriano me présente puis comme s’il s’agissait d’un numéro de cabaret, se met à mes genoux et annonce à l’assemblée éméchée, qu’il chantera pour moi ce soir, des ballades nostalgiques. Les marins en raffolent. Je suis aux premières loges d’une scène extraordinaire et n’ose bouger de peur de briser ce spectacle. Soudain, la voix résonne comme si elle venait du cœur des flots. L’envolée est unique, comme si le chanteur après avoir parcouru le monde faisait ses ultimes adieux au public. Dans une joie pleine de fureur, des rires édentés crèvent la nuit. Je me gargarise de cette démence. Les heures filent comme un rien. Avant le petit jour, je regagne le ponton de bois de la maison où je vis et contemple la lune tranquille à la luminosité magnétique.

COLOMBIE

 CURITI

Tour de chant sous les orangers

Le village de Curiti, est un hameau colonial bordé de montagnes ocres et sombres. De là, une route grimpe vers les hauteurs. Des bassins d’eau pure dégringolent jusqu’au fond de la vallée. Je marche seule sur une route déserte sous l’époustouflante chaleur. Des monts arides et dorés triomphent sous la fournaise. Le vert pétant des parcelles cultivées tranche avec ce paysage assoiffé. Soudain, d’un chemin de traverse apparaît un jeune homme. Il me rejoint sur l’asphalte. Son style de vagabond m’inspire confiance. Nous sommes seuls et marchons dans la même direction. Etrangement réunis dans le silence brûlant de montagnes arides. Je lui demande si c’est bien la route de Pescadarito, les bassins creusés dans un lit de rivière. Avec un sourire amusé, il m’avoue qu’il s’y rend aussi. Je suis enchantée d’avoir un compagnon de route. Sa présence me donne de l’énergie.

Il s’appelle Harbert. Il est musicien. Il vit à Curiti où il trouve l’inspiration pour composer paroles et musiques d’un tour de chant. La marche se poursuit, la montagne est fascinante. Soudain, au bord de la rivière, des cercles creusés se dessinent dans la roche. Un petit sentier de poussière jaune surplombe les piscines. On s’arrête face à un bassin géant. Une étrange quiétude m’envahit. Harbert vient à mes côtés, me raconte qu’il adore l’harmonie de ce lieu. Il écrit des paroles, trouve dans ce silence le mouvement de sa plume qui répond à son cœur. Nous descendons la rivière. A l’ombre de grands arbres, il déclame un poème qui rime. Mon âme s’envole dans la musique des mots. Le regard d’Harbert s’anime, il semble heureux de ce partage. Nous quittons les lieux, arrêtons une jeep. Harbert sort sa caméra et nous filme malgré les cahots de la route. L’euphorie nous gagne au fil de la scène. Nous atteignons Curiti. Harbert m’invite dans la maison de sa mère. Dans le jardin, il y a des orangers dont on secoue les branches pour faire tomber les fruits. Harbert les ramasse et fait des jus. Avec malice, il me demande si je suis prête à l’écouter chanter. Je lui réponds qu’il n’y a rien qui m’enchante davantage. Je suis suspendue à ses lèvres.

Il sort sa guitare et entonne d’une voix puissante, un chant aux variations infinies. Les accords sont violents et poétiques. Les mots intenses. Les morceaux s’enchaînent. Ce sont des bouts de vie, des éclats de soleil, des coins de rêve, des brins de nostalgie. Les mélodies aigres-douces s’élèvent dans les airs au dessus des orangers vers l’infini. Une étonnante fluidité embrase l’instant. Le temps file. C’est un concert fantastique au détour d’un chemin. Il s’achève au crépuscule. La montagne est plongée dans un bain de feu. Harbert pose sa guitare. Je le remercie et lui fais promettre de ne jamais laisser tomber. Il me répond que c’est exactement ce qu’il a besoin d’entendre. C’est parfait. Nous sortons avec l’impression de revenir de loin. L’air est rosâtre. Un bus rouge dévale la montagne illuminée. Des notes de musique résonnent dans ma tête.

EQUATEUR

 LA MITAD DEL MUNDO

Le carnaval du centre de la terre

Ricardo me parle de la Mitad del Mundo, de cette étrange ville festive où s’étire au sol une longue bande jaune qui représente l’Equateur. Avec son regard brillant, il me lance : « Va danser au centre de la terre, le carnaval a commencé. Tu y seras la reine !» J’éclate de rire et le prends au mot. Sur la place centrale, une foule s’est rassemblée comme autour d’une arène. Une musique folklorique hurle des hauts parleurs.

Soudain, des danseuses en costume folklorique font leur entrée sur scène. Elles portent des châles de laine lumineux sur des jupons brodés et au son d’une flûte lancinante, miment des scènes de la vie paysanne avec une amusante candeur. Alors que les femmes récoltent des fruits, lavent le linge, ou se tressent entre elles, surgissent les hommes vêtus de jambières de poils et de ponchos multicolores pour une danse de la séduction. Un grand mouvement circulaire se déploie dans les airs. Les capes et les jupes s’ouvrent comme des éventails aux couleurs arc en ciel alors que les visages respirent l’allégresse. Les couples quittent la scène et laissent la place à un numéro de rubans et de voiles. Avec une rapidité éclair, les danseurs placent au centre de la scène, un pylône décoré de rubans aux couleurs éclatantes. Chaque danseur agrippe un ruban et le tend de façon à faire tourner le pylône, dans un mouvement chatoyant comme une onde. La ronde effrénée devient un tourbillon de couleurs mêlées, ponctué par les cris entraînant des danseurs. A la fin du spectacle, une voix dans un micro rappelle que le carnaval vient de débuter alors que la foule applaudit les artistes dans un dernier tour de piste. Puis commence une longue bataille à la bombe blanche, amorcée par les danseurs. La foule comme les artistes se retrouvent aspergés de flocons neigeux dans les rires et les hurlements. Ici et là des enfants se tirent dessus avec des pistolets à eau alors que le présentateur annonce un concert de musique populaire. Le groupe Pocholo Ceuallo Grancombo de las Estrellas est acclamé par le public en délire. Un chanteur d’âge mûr, à la voix puissante, nous promène avec ses musiciens sur des airs de salsa, reggeaton et bachata.

Les cuivres sifflent alors que les percussions donnent le rythme au public qui se met immédiatement à danser. Une danseuse en tenue extrêmement sexy, illustre par son corps les variations de la musique tandis que le chanteur s’emballe avec intensité. Les musiciens affichent un air sérieux, les yeux cachés derrière des lunettes noires et font trembler la foule de leurs mains divines. Une sorte de transe monte lentement du public où chacun s’abandonne. Absorbée par ce flot d’euphorie, je danse, les bras au ciel, le corps déployé sous le soleil comme une offrande. Soudain la voix du chanteur qui m’invite à venir sur scène, me tire de mon envolée lyrique et me ramène sur terre. Je m’exécute et poursuis ma danse face au public, encouragée par les bouffonneries que j’inspire au chanteur. Il m’invite à danser avec lui, enchaîne les pitreries, reprends un morceau laissé en suspens puis me « confie » à la danseuse chargée de m’enseigner le reggeaton dont les mouvements de bassins se terminent au sol. La foule chauffe alors que le chanteur me lance des œillades complices avant de m’élire avec le plus grand sérieux, la « Reine du Carnaval ». Quelques accords des saxophones se lèvent, les trompettes résonnent et la foule hurle les paroles d’une fameuse salsa que tout le monde connaît par cœur. Toujours sur scène, embrasant cette joie immense, je voyage dans la danse, navigue jusqu’aux nues, jusqu’aux portes des cieux. Je pense soudain à Ricardo, je réalise où je suis, à la Mitad del Mundo et danse au cœur de la terre. La forte voix du chanteur me tire de ma torpeur et annonce un entracte. Dans les coulisses, on s’embrasse, on se félicité avec la simplicité des effusions, après avoir partagé cette indicible magie qu’est la scène. Puis démarre la seconde partie du concert. La musique est un rêve. Des flocons blancs volettent dans les airs et blanchissent la foule hurlante tandis que la voix sensuelle du chanteur nous souhaite un joyeux carnaval. Le gris du ciel descend mais n’entache pas les cœurs qui sont à l’allégresse.

Nous dansons jusqu’au crépuscule gris qui annonce la pluie. Dans un état pitoyable, les vêtements encore trempés et bombés de mousse, je rentre à Quito où là encore jusqu’à la nuit, des musiques des Andes s’échappent des ruelles dans une atmosphère d’ivresse et de désordre. Avec des cris de guerre, une bande d’adolescents se jette des seaux d’eau à la figure sous les rires des passants qui ralentissent le pas. Je quitte la folie des rues et regagne mon hôtel où Ricardo m’ouvre les bras à une autre folie, mon cours de salsa.

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